Le Yak à Dire

Images nomades, troupeau de mots

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What the FLE ?

Bonne année à tous! Curiosité, générosité, audace: voilà tout ce que je vous souhaite! Je commence l’année 2015 en vous parlant boulot (et passion). Voici un  petit article qui m’a été demandé par une étudiante en DAEFLE  (le diplôme de Francais Langue Etrangère propre à l’Alliance Française) à la recherche de témoignages de professeurs de FLE à l’étranger à faire paraître sur son site collaboratif, à destination des futurs professeurs.  Celui ci retrace brièvement mon expérience depuis mon arrivée en insistant sur les spécificités des conditions d’enseignement-apprentissage  au Ladakh.

Mon expérience de professeur de FLE sur le toit du Monde

Devenir professeur de FLE à la toute jeune Alliance Française de Leh s’est révélé être une véritable aventure, une chance unique d’apprendre mon métier tout en découvrant le Ladakh, un des derniers refuges de la culture tibétaine en terre libre. Je suis arrivée l’année dernière en tant que stagiaire dans cette petite Alliance perchée à 3500m d’altitude dans l’Himalaya Indien aux confins du Tibet et du Pakistan.

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La danse des masques

Bien installée sur le toit de notre petite maison-école, je sirote mon café en  profitant du soleil magnanime de l’Himalaya. Quelques milliers de mètres plus près de l’astre brulant que sur une côte bretonne, ses largesses répandent une lumière jaune et bleue sur le monde. Un contraste poussé sculpte la vision, fait saillir les volumes et les ventes de Ray Bon, lunettes de soleil de contrefaçon bien connues ici. Il n’est pas rare de croiser des regards brulés par la luminosité puissante et aveugle. Sur les petites maisons en terre, les chauffe-eau solaires se pavanent en transformant l’énergie. Une chanson ladakhi, crachée au mégaphone par une voiture du Parti du Congrès roulant à toute allure, déchire le silence de la vallée. En quelques secondes celui-ci reprend ses droits avec équanimité; l’ordre est rétabli, la toute-puissance des montagnes à l’appui.

C’est l’élection dans quelques jours des députés régionaux. La lutte symbolique des affiches fait rage dans les petites rues. Chaque jour, le paysage politique change de visage. À coup de couche de peintures noires ou de superposition, le BJP éclipse le visage du candidat du Congrès et des masques du président indien Narendra Modi jettent des regards vides sur  les passants incrédules. Le lendemain, l’air paternaliste du premier aura repris ses droits sur les grillages en fer des petites échoppes.

La politique et la religion se partagent la temporalité des hommes. L’organisation démocratique d’un sous-continent comme l’Inde demande beaucoup de représentants, beaucoup de strates dans les collectivités. En passant d’un état à l’autre, les élections mobilisent en permanence les lignes éditoriales nationales comme celles du Times of India. Entre deux festivals religieux, un rendez-vous politique réanime les équipes de campagne et les vieilles questions clivantes du Ladakh : les revendications d’autonomie face au Jammu and Kashmir – état dont le Ladakh n’est qu’une toute petite partie en termes d’habitants,  la régulation du tourisme néfaste pour l’environnement (souvent associé au tourisme domestique indien) ou encore la question de la qualité du système éducatif.

Une fois le vote dans l’urne, les Ladakhis retrouvent le chemin des rituels ; au temple, à la mosquée ou à la gurdwara. Il ya deux semaines c’est au monastère de Thiksey (à une dizaine de kilomètres de Leh) qu’avait lieu un festival bouddhiste annuel. Dans ce petit monastère accroché à la montagne, les moines font « Cham » . Revêtus de magnifiques étoffes et de masques ils dansent une chorégraphie hautement codée. Pour les bouddhistes, à l’inverse des touristes, il ne s’agit pas d’un spectacle, d’un phénomène esthétique. Au son des instruments sacrés; cornes, trompettes et autres tambours, il s’agit d’abord  de symboliser la destruction du mal et de dramatiser la nature illusoire de la vie en rendant des offrandes aux déités titulaires.

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Achoura

Mardi dernier, Leh s’est parée de vert et blanc pour la fête musulmane d’Achoura. En voici quelques photos. En plus d’un temple bouddhiste, d’une gurdwara et d’une église toute neuve, deux mosquées se partagent le centre de Leh, une sunnite et une chiite — imaginez l’organisation pour les appels du muezzin. Cette fête revêt différentes significations selon les appartenances musulmanes, mais ici seuls les chiites la célèbrent. Ils commémorent dans leur chair le massacre de l’Imam Hussein et des 72 membres de sa famille et partisans par le califat Omeyade à Kerbala en Irak. C’est la première fois que j’assistais au défilé et c’est vraiment très impressionnant. Les hommes et les petits garçons chantent et marchent dans les rues au son de la musique sacrée dont ils martèlent le rythme en flagellant leurs poitrines à coup de poing ou à coup de martinet. Certains, des jeunes hommes surtout, coupent leurs crânes et leurs mains à l’aide de rasoir et entrent dans la transe au fil de leur sang.

Des petits centres de premiers secours sont montés en hâte au coin des rues et les blouses blanches veillent, prêt à alerter les ambulances (des taxis déguisés en ambulances) pour évacuer ceux qui perdent connaissance en rendant gloire. Encore plus fort, une partie de la communauté chiite préfère rendre hommage à Hussein en donnant son sang à la collecte médical (improvisé dans la poste de Leh) plutôt que répandre la précieuse substance sur les trottoirs de la ville.

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Dans la vallée de Dah Hanu

Dimanche, c’est le week end, j’ai enfin le temps de partager quelques photos et quelques mots avec vous. Nous sortons tout juste d’un déjeuner inopiné avec une famille ladkhi que nous ne connaissions pas il y a deux heures. En marchant tranquillement dans Leh ce matin, on aperçoit une dizaine de moines perchés sur le toit d’une grande maison. Certains des hommes vétus de rouges soufflent dans les cornes sacrées et diffusent leur musique hypnotique aux quatre vents tandis que les autres répètent consciencieusement les mantras d’une voix profonde. On les observe, envoutés. Alors, l’homme de la maison nous aperçoit et nous invite d’un geste chaleureux à rentrer. Les femmes, tout de suite nous installent sur les tapis du salon et nous servent le thé au beurre et la thukpa (la soupe traditionnelle ladakhi). Elles nous expliquent que les moines bouddhistes sont en train de faire « Kolsang » comme il est de coutume après la saison des récoltes. Les moines passent une journée dans toute les maisons ou des travaux d’agriculture ont eu lieu pour excuser les habitants d’avoir pris la vie d’insectes en récoltant. C’est bon pour le Karma!

Voilà donc quelques photos de nos dernières ballades en montagne avec l’Ami Pascaldji (Tu nous manques !). Septembre et octobre ont paré la nature de magnifiques couleurs comme vous verrez. On en profite car bientôt le vert et ses échappées jaunes ou rouges disparaitront de notre spectre pour laisser place au Ladakh lunaire.

Un petit week-end à Dah Hanu à 160 km de Leh – ça veut dire 6h de route en longeant l’Indus.Le fleuve a retrouvé sa couleur d’hiver, un bleu cristallin (dont je n’ai pas retouché les couleurs !) après les mois d’été où il s’était habillé de boue, la fonte des glaciers emportant la terre sur son passage.

Il faut un permis du gouvernement pour aller à Dah avec l’obligation de ne pas aller plus loin, des check points s’en assurent régulièrement. Seuls trois villages dans cette vallée sont accessibles aux civiles car la proximité avec le Pakistan en fait une zone « sensible » bien que totalement en paix. Sur cent kilomètres après le village se succèdent les camps militaires de l’ITBP (Indo-Tibetan Boarder police) qui se répandent le long de la frontière chinoise (tibétaine ?) et pakistanaise. Vous remarquerez que le nom même de ce corps militaire nie l’annexion du Tibet par la Chine. Cette vallée, la vallée des Dards, est connue pour être habité par une population à la langue, aux rites et aux apparences différents du reste du ladakh. Le millier d’habitants qui vit dans cette vallée prétend être d’origine « aryenne », je mets des guillemets car cela est toujours sujet à caution parmi les historiens. Pour beaucoup, les « Dards » ou « Drokpas » (qui veut dire « highlanders ») sont les descendants de soldats d’Europe du sud est ayant envahi pour un temps il y a de cela mille ans cette petite partie du Ladakh.

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Bon anniv’ mon Loup

Du phare ouest au toit du monde

De retour sur le toit du monde, depuis un mois déjà, sans pouvoir vous tenir au courant car nous étions radicalement coupés du monde extérieur. Pendant que nous étions en France, des pluies torrentielles ont touché notre région, le Jammu and Kashmir ainsi que le Penjab et le Pakistan voisin. Le Ladakh a été épargné bien que tout ici ait pris pendant un temps la couleur du deuil, par solidarité.

Ces pluies ont causé des inondations dévastatrices, des centaines de morts, des milliers de personnes à la rue, des dégâts matériels colossaux et tout ce qu’une zone où toutes les infrastructures sont touchées peut engendrer comme chaos. L’armée s’est révélée impuissante, ce sont les mosquées qui se sont les premières mobilisées pour répondre à l’urgence, donner à manger, des soins de première nécessité. Une grande campagne médiatique a sensibilisé toute l’Inde et les dons ont afflué.

La seule conséquence, lointaine et si peu grave pour nous ici à Leh est que nous n’avons pas eu d’accès Internet depuis la catastrophe, étant donné que les lignes (internet, appels internationaux) passent par Srinagar au Cachemire. Les festivals religieux ont été annulés par respect pour la douleur des proches. Ces évènements terribles ne peuvent que submerger la mémoire des Ladakhis de la catastrophe qui a touché les habitants de Leh en 2010. Ces glissements de terrain, eux aussi ont été engendrés par des pluies torrentielles qui n’ont pourtant pas le droit de cité au Ladakh, le taux de précipitation étant habituellement très très faible.

« Les derniers seront les premiers », dans ce cas l’affirmation biblique prend un sens inattendu ; derniers à polluer, premiers à payer. Ils sont bien parmi les premiers à subir violemment les effets du dérèglement climatique, qu’ils s’agissent de ces torrents de boue qui ont inhumé dans leurs maisons des dizaines d’habitants ou bien de la fonte des glaciers, laissant le problème des ressources en eau hanter les consciences et réduire les zones habitées où des cours d’eau ont laissé place à de minces filets intermittents.

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Un an de plus au Ladakh , Trek Rumtse – Tsomoriri

Nous voilà en vacances, ceci explique un silence un peu long…! Au menu un trek d’une semaine entre Rumtse et Tsomoriri, 120 km de marche au dessus de 5000m avec passage de 5 cols allant jusqu’à 5600. De quoi souffrir de véritables crampes de plaisir!

Nous sommes rentrés en France le 10 aout pour profiter de la famille et des potes pendant 5 semaines (je m’excuse d’avance envers ceux que je n’ai pas encore vu!) avant de retrouver le toit du monde, contrat en poche pour un an!Je vous écris depuis mon doux pays breton -après un an dans l’Himalaya, j’ai réussi à prendre un coup de soleil à Kerlouan..Je profite bien de la famille et de la plage.Entendre et sentir la mer, voir la ligne de l’horizon; c’est un événement esthétique et affectif fort. Comme dit Eliade, la terre natale appartient toujours à une géographie du sacré! Je vous en dis plus la dessus bientôt. Bonnes vacances à tous!

 

 

Les visiteurs

Et oui Messieurs-Dames,nous avons eu des visiteurs de marque : Roland d’abord (le père du Loup) puis quelques jours après c’est ma mère (Josy) qui nous a rejoint ; grande rencontre pour moi que celle du paternel de mon homme  et à vrai dire grande rencontre aussi que celle de ma mère. Et puis alors les voir ici tout les deux complètement hors contexte c’était génial!

Pourquoi cette impression de rencontre avec ma propre mère ? Sounds strange, nope ? Je suis sensée la connaître, plus que bien même (trop bien dirait toutes les mères et les filles) mais elle m’a radicalement soufflée. Je précise ; Josy a 65 ans, ne parle pas un mot d’Anglais, n’est jamais partie seule en voyage et décide de traverser océans et aéroports pour venir me voir moi mais aussi le Ladakh, car elle est fascinée par la culture bouddhiste…

Beaucoup de gens m’ont dit « qu’est-ce que j’ai envie de venir ! » ou « oui, je viendrais c’est sur ». Elle, m’a exprimé son désir et l’a tout simplement fait alors qu’elle partait de loin –si je puis dire- puisque qu’elle était handicapée par la langue et sans expériences des pays comme l’Inde.

Non, c’était pas vraiment le CLUB MED; pas de tour opérator bien sûr, l’absence d’eau courante, marcher pendant des heures avec l’altitude et le soleil de plomb, les taxis locaux qui ne parlent pas un mot d’anglais et avec qui l’on cahote encore et encore dans la montagne sur des routes qui n’en ont que le nom, un chauffeur qui manque de s’endormir en pleine action à 5000m d’altitude  sur des routes larges comme une twingo au bord de ravin dont on ne voit pas la fin ,les gargotes toutes pourries a 50 roupies: on a tout fait à la pure locale, laissant nous dépasser les grosses jeeps climatisées sponsos des touristes indiens et européens, on est des VRAIS !!!!

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From Nepal to South India

« Namaskar, attachez vos ceintures, nous allons bientôt atterrir à Kathmandu, l’altitude est de 800m et la température au sol de 34 degrés. Nous espérons que vous avez passé un bon vol et vous souhaitons un agréable séjour ». Juste en passant, la compagnie indienne Indigo a dans ses rangs les plus belles hôtesses de l’air qu’il m’ait été donné de voir.

Bon, je viens de perdre 2700m et de gagner 20 degrés, ça y est je suis au Népal !

Marcher sur le tarmac jusqu’à l’aéroport internationale de Tribhuva (qui doit être aussi grand que celui de Guipavas) et sentir l’humidité m’engourdir, la chaleur m’accueillir. Etrangement, tout ça me semble familier, ça sent l’Inde !

D’abord, faire son visa népali dans l’aéroport ; attendre 3h. Osciller entre impatience et incompréhension. Puis changer de l’argent .Les roupies népalaises sont indexées sur les indiennes, 160 roupies népalaises pour 100 roupies indiennes ; ce n’est qu’un des nombreux symptômes de la domination du sous-continent sur le petit pays. Faire des photos, remplir des formulaires, faire la queue – encore…

Une fois le précieux tampon apposé à mon passeport, je récupère mes bagages qui doivent attendre depuis un bon moment …ils sont bien là, entassés entre les sacs a dos Quechua et les valises, je déboule enfin vers la sortie.

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Babel

Salut tout le monde,

Déjà plus d’un mois que je n’ai pas écrit..le temps file sans m’attendre! J’avais pourtant tendance à voir la temporalité indienne comme une femme voluptueuse qui s’étire allègrement avant de bailler aux corneilles…Ce mois-ci la demoiselle semble se rappeler que le monde existe; elle regarde sa montre sans cesse et s’agite avec fébrilité. Ça sent la fin de l’hibernation que nous a jusqu’ici imposé le climat; la nature et les hommes se réveillent !

A peine le temps de regarder le paysage défiler et muer par la fenêtre; la neige qui en fondant déshabille les montagnes- seuls les pics ont su préserver leur pudeur, les Ladakhis qui commencent à irriguer leurs petits vergers et ce soleil aussi puissant qu’espiègle! Un vrai maître de séduction le soleil ladakhi, il vous subjugue de toute sa puissance avant de disparaître en vous laissant là… désorienté, envoûté et complètement accro! Plusieurs fois il s’est amusé à me laisser penser que le printemps s’installait pour de bon… avant de laisser place à une tempête de neige aussi intense que soudaine.

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