Au fil de mes articles, vous avez peut être remarqué que les mêmes noms reviennent en permanence au Ladakh : Dolma par ci, Stanzin par là…Parmi nos 25 étudiants,on compte quatre Stanzin et cinq Dorjey par exemple. Tous ces noms ont un sens et sont totalement mixtes ; Padma veut dire “lotus”, Skarma “étoile”  pour n’en citer que deux. Les noms ladakhis sont les mêmes qu’au Tibet avec un écart de prononciation, entre autres les “s” qui tombent en tibétain. Tanzin au Tibet se mue en Stanzin au Ladakh, Karma devient Skarma.

Les parents ici ne choisissent pas les prénoms de leurs enfants (chaque enfant en porte deux). les parents feront une demande auprès du Dalaï-Lama ou des rimpoché locaux qui détermineront le prénom quelques mois après la venue au monde de l’enfant. Le prénom du rimpoché auquel les parents se seront adressés sera obligatoirement l’un des deux noms de l’enfant.  Vous avez peut être déjà remarqué, (S)tanzin est un nom très populaire au Ladakh car c’est le nom civil du chef spirituel tibétain. Alors demander dans un petit-village “vous connaissez Stanzin”? aura le même effet sur un Ladakhi que cette question que Dolma me posait : “je connais quelqu’un qui habite en France, il s’appelle Pierre, tu le connais ?”

Les ladakhis portent également des “house name” (le nom de maison) qui sont un peu l’équivalent de nos noms de famille. Je dis “un peu” car si vous avez l’occasion de voir le passeport d’un Ladakhi vous verrez que rien ne figure dans la catégorie “name”. Celui-ci est transmis par le père, puis par le mari pour la plupart des mariages – les mariages “nama” – au sein desquels la jeune mariée quitte sa maison  pour rejoindre celle de la famille de son mari.

Tenue traditionnelle du mariage ladakhi. Un de mes élèves Stanzin (!) s'est marié avec une charmante belge, Jessica.On comprend mieux sa motivation sans faille à apprendre le français !

Tenue traditionnelle du mariage ladakhi. Un de mes élèves, Stanzin (!), s’est marié avec une charmante Belge, Jessica.On comprend mieux sa motivation sans faille à apprendre le français ! Juin 2015.

Dans les mariages “magpa” beaucoup moins courants, l’homme part habiter dans la maison de la famille de sa femme et prend donc le “house name” de sa femme ainsi que leurs enfants. Ici, les mariages sont souvent en lien avec la conservation du patrimoine, c’est pourquoi on trouve encore des mariages polyandriques – surtout  dans les petits villages – où  une femme épouse deux frères pour ne pas diviser l’héritage (les terres, la maison) entre ceux-ci.

Lors des mariages ladakhis bouddhistes, on tient un livre de compte où l’on note la valeur de chaque cadeau fait par les “invités”, que ce soit de l’argent liquide, une machine à laver – nouveau  trophée de la réussite sociale au milieu des jardins – des couvertures ou de la “tsampa” (farine d’orge grillée). Ceci pour assurer que les mariés fassent un contre-don de la même valeur aux futurs mariages des “invités”. Esprit un peu comptable direz-vous mais qui a le mérite d’assurer une redistribution égale des biens, d’asseoir une nécessaire solidarité. Sagesse du vivre ensemble et poids de la tradition.

La tante de Stanzin aide Jessica à se péparer dans la trdition ladakhi, .Elle doit enfiler son perac (ce lourd chapeau cousu de turquoise qui est aussi un attribut de richesse, plus il y a de turquoise, plus la famille est riche).Traditionnellement transmis de mère en fille, Jessica porte celui de la mère de Stanzin.

La tante de Stanzin aide Jessica à se préparer dans la tradition ladakhi.Elle doit enfiler son perac (ce lourd chapeau cousu de turquoise qui est aussi un attribut de richesse : plus il y a de turquoise, plus la famille est prospère). Traditionnellement transmis de mère en fille, Jessica porte celui de la mère de Stanzin. Juin 2015

“Djuley Djuley  Atcho -lé! Kamzang ina lé?”

Vous entendrez fuser de toutes parts les salutations ladakhies en vous baladant à Leh ou dans les villages.”Djuley”, vous le savez peut être déjà est un véritable sésame linguistique, voulant dire bonjour, merci, au revoir avec une myriade d’intonations subtiles. Quand vous arpentez les petits chemins de terre et que vous voyez arriver au loin une vieille dame Ladakhi tournant son moulin à prières ou un jeune en jean slim en train de geeker sur son smartphone, lancez le fameux Djuley. Même les visages qui ont l’air les plus fermés se fendront d’un sourire généreux – mais  pas dupe – pour laisser éclater un “Ya djuley” qui rend jaloux le soleil.Tous les matins sur le chemin de l’école, je me fais une cure de “ladakhis greetings”. Quel que soit l’état dans lequel je pars de Kakchal, après avoir croisé cinq ou six personnes, je me suis fait contaminer : je suis de bonne humeur.

Ici, comme dans beaucoup d’autres cultures, on marque le respect ou la complicité  en appelant – même les inconnus – du nom d’un membre de la famille. Quand on interagit avec une personne plus agée que soi, il est de rigueur de l’appeler Atcho ou Atché  (grand frère/grande soeur), Azang ou Ané (Oncle/Tante), Apa ou Ama (Père/mère ) selon l’avancement de son âge. Quand on s’adresse à des personnes plus jeunes que soi, on dira “Nono” si c’est un garçon, “Nomo” si c’est une fille. À tous ces noms – comme aux noms propres, les Ladakhis ajoutent la plupart du temps “lé”, qui est un marqueur de respect.

“Djuley Gaelle-lé!” C’est comme ça que Nilza m’accueille le matin à l’école, alors je lui réponds avec mon ladakhi d’imposteur “Ya Djuley Atché lé! Kamzang ina lé?” ( bonjour grande soeur, comment ça va?). Là, elle me répond avec un français nonchalant : “Tranquille…” et j’explose de rire. Comme dit Nilza, à l’Alliance Française c’est “Masala Language” !

C'est la tradition lors des mariages d'enfiler des guirlandes de roupies autour du cou des mariés.

Stanzin et Jessica. C’est la tradition lors des mariages d’enfiler des guirlandes de roupies autour du cou des mariés pour leur souhaiter la prospérité. Juin 2015.