Le Yak à Dire

Images nomades, troupeau de mots

Menu Close

Merci

Beaucoup de choses se sont passées depuis mon dernier post… On a dû rentrer en France en urgence fin juillet pour des raisons de santé. Tout va bien maintenant, je vous rassure.

Quitter le Ladakh a été difficile… À vrai dire, c’est l’anticipation du départ qui a été tortueuse à vivre. C’est un moment ambigu, où l’on souffre à l’idée de la séparation imminente et où surtout on imagine l’avenir – ce grand bouleversement, sans pouvoir être en action, sans avoir aucune prise sur lui. Un entre-deux propice aux dérives de l’imagination.

On ne quitte pas comme ça un lieu qu’on a habité presque deux ans : rompre avec des visages, des rires, des chants (Nilza, je t’entends chanter quand je prépare à manger), des histoires en commun, un quotidien. Et on ne le quitte pas vraiment, ça devient une région intérieure.

Au confluent de l'Indus et du Zanskar.

Au confluent de l’Indus et du Zanskar.

D’autant plus quand c’est une expérience qui rime avec un grand bonheur, un réapprentissage, une réconciliation avec soi et beaucoup d’amour. La reconnaissance d’avoir vécu cette expérience incroyable prend le pas sur la mélancolie, avec juste cette envie dévorante de dire « merci » à tout bout de champ.

Loup et moi, on est arrivé avant-hier à Sri Lanka – je vais travailler 6 mois à l’Alliance Française de Colombo ! Je suis maintenant toute projetée vers l’avenir, un nouveau grand saut dans l’inconnu, mais un inconnu en rickshaw !

Read more

Dernier voyage

Vous allez découvrir un texte écrit par mon Loup, finaliste au concours APAJ 2015 du journal Libération avec pour thème imposé Le voyage : vivre aujourd’hui entre fraternité et intimité. Cette courte fiction s’inspire largement d’ une problématique très actuelle au Ladakh, celle de la sédentarisation massive des nomades du Chantang. Je vous invite à vous faire votre propre opinion quand à la disparition imminente de ce mode de vie ancestrale. Si vous voulez aller plus loin, je vous conseille un très beau documentaire de Marianne Chaud « La nuit nomade » qui vous donnera sans prêt-à-penser une idée de la complexité de cette problématique ou s’entrechoquent tradition et modernité. 

Read more

Le nom des gens

Au fil de mes articles, vous avez peut être remarqué que les mêmes noms reviennent en permanence au Ladakh : Dolma par ci, Stanzin par là…Parmi nos 25 étudiants,on compte quatre Stanzin et cinq Dorjey par exemple. Tous ces noms ont un sens et sont totalement mixtes ; Padma veut dire “lotus”, Skarma “étoile”  pour n’en citer que deux. Les noms ladakhis sont les mêmes qu’au Tibet avec un écart de prononciation, entre autres les “s” qui tombent en tibétain. Tanzin au Tibet se mue en Stanzin au Ladakh, Karma devient Skarma.

Les parents ici ne choisissent pas les prénoms de leurs enfants (chaque enfant en porte deux). les parents feront une demande auprès du Dalaï-Lama ou des rimpoché locaux qui détermineront le prénom quelques mois après la venue au monde de l’enfant. Le prénom du rimpoché auquel les parents se seront adressés sera obligatoirement l’un des deux noms de l’enfant.  Vous avez peut être déjà remarqué, (S)tanzin est un nom très populaire au Ladakh car c’est le nom civil du chef spirituel tibétain. Alors demander dans un petit-village “vous connaissez Stanzin”? aura le même effet sur un Ladakhi que cette question que Dolma me posait : “je connais quelqu’un qui habite en France, il s’appelle Pierre, tu le connais ?”

Read more

Atché *

* Atché : grande soeur en ladakhi

Sur ma droite, une langue de soleil caresse la petite montagne rocheuse. Agile et douce, elle révèle puis atténue les aspérités ocre. Le contraste s’affole : des formes lunaires s’aiguisent sous la lumière changeante. L’ocre devient cuir, comme la peau d’un vieil éléphant. À ma gauche, le Stok Kangri est bien sûr toujours planté là avec ses 6000m, sa ligne de glaciation haut-perchée et bien nette. La blancheur du glacier ressemble à du velours dont le drapé s’étale sur la succession de pics. En face de moi, la Shanti Stupa, comme un petit champignon blanc qui a miraculeusement poussé dans le désert et dont les fidèles font religieusement le tour dans le sens des aiguilles d’une montre pour respecter l’ordre cosmique. Ici, la flèche du temps se mord la queue pour renaître sans cesse.

Gompa village, dans les hauteurs de Leh, mai 2015.

Tous les jours depuis notre installation il y a un mois à Kakchal, dans les hauteurs paisibles de Leh, je scrute ce paysage depuis la terrasse. On ne se baigne jamais deux fois dans le même Ladakh : le pouvoir de métamorphose de la lumière met en scène l’imaginaire sans relâche.

Read more

Bomo

J’ai lu un article très intéressant paru ce mois-ci dans le magazine  Stawa  concernant la problématique que j’évoquais dans mon dernier post. Je reste le produit de ma culture ; mon analyse personnelle de l’impact du « développement » au Ladakh est donc conditionnée par des représentations occidentales. Il me semblait intéressant de vous donner le point de vue d’un Ladakhi sur ce sujet qui passionne ici, vous le trouverez en bas de page.

Voilà deux ans que Stawa (“perspective” en ladakhi) est publié mensuellement en anglais au Ladakh. Il a le mérite de permettre le dialogue entre différents points de vue, en représentant les hommes comme les femmes, les jeunes comme les plus agés, les bouddhistes comme les musulmans, les partisans du Congrès comme ceux du BJP.

Read more

Les petites mains

Ça y est… Fini les engelures, la doudoune, le cache-nez, la morve au nez qui gèle, la couche de 10 cm de glace dans les seaux d’eau à briser chaque matin pour se laver en arrêtant de respirer, les huit couvertures qui interdisent de bouger, la sensation constante du froid qui empêche de se relâcher ! À nous les treks, les tee-shirts, les coups de soleil, les pics nics, l’eau courante ! Dans un mois, la route qui nous relie au reste de l’Inde ouvrira et on pourra enfin manger autre chose que des pommes de terre, du chou et des carottes ! La grande vie quoi !

Depuis quelques jours, le soleil a retrouvé toute sa puissance, il inonde de sa chaleur la vallée désertique, réchauffe mon corps et mes pensées. Pas une goutte de pluie depuis plus de six mois, pas une once d’herbe non plus. Nima (c’est son nom en Ladakhi) n’a rien à bruler, excepté l’ocre des peaux et des roches. Les femmes l’évitent, soucieuse de ne pas se faire voler cette jeunesse qui s’envole vite ici. Enrubannées dans des voiles dont seuls leurs yeux émergent, elles commencent les premiers travaux agricoles. Elles suivent le zo (hybride de yak et de vache) harnaché par un soc de bois qui laboure la terre, guidé par le chant ancestral. La technique n’a pas changé depuis des siècles.

Read more

Gochak

Gochak est une procession bouddhiste annuelle qui se tient début mars, période particulièrement auspicieuse car équivalente au premier mois du calendrier tibétain.

DSC_1273

Gochak, Mar 2015

Pendant 3 jours les plus pratiquants vont prier en marchant jusqu’au très haut perché monastère de Leh. Un véritable cortège s’étale sur l’horizon, les hommes d’abord dont les chants graves se mêlent aux vois limpides des femmes qui clôturent la marche. Les mantras sont répétés indéfiniment dans une transe sereine et douce.

Read more

Être et Trek

En venant au Ladakh, j’ai découvert la montagne et son corps à corps, la randonnée. Lors des premières excursions, mon sac à dos était alourdi par la peur : peur de ne pas être à la hauteur étant donné le manque d’évaluation que j’avais de ma condition physique, peur de l’inconnu que mon inexpérience ne pouvait que nourrir, peur de voir la force de mon mental se raréfier au même rythme que l’oxygène des hautes altitudes.

L’activité sportive soutenue relevait pour moi de l’enfance, de lointains souvenirs ; de ces années d’entrainement, de stages et de compétitions. Des flashs faits de pures sensations ; le crissement des chaussures de tennis de table sur le parquet de la grande salle, la complainte rebondie et molle des balles perdues qu’il faut aller ramasser, la vigueur de leurs percussions quand les échanges fusent. Et puis aussi ces liens humains, les encouragements de mon équipe criés dans mon dos, la solidarité qui étire les sourires lors de ces troisièmes jours de stages où les courbatures se mettent à parler. La voix puissante de l’entraineur (Philippe pour les autres, Papa pour moi) couvre ce monde. Je l’entends encore donner les instructions d’entrainement derrière son épaisse moustache. Je vois le respect que lui portaient les autres joueurs, je sens encore la fierté que j’espérais lui inspirer.

Chaque sport porte des valeurs : le dépassement de soi, l’esprit d’équipe, le respect de l’adversaire ou encore l’apprentissage de la liberté au sein d’un système de règles… Pourtant j’ai l’impression que l’outdoor embrasse quelque chose d’unique, une philosophie qui concentre et métaphorise la vie.

Après quatre heures de marche entre 3400 et 4000 mètres, je suis au pied du Stok-la. Enfin, l’expression n’est pas vraiment adéquate, je serais plutôt en train de chatouiller ses orteils… Il me fait face, me surplombe, stoïque et magnanime. Il y a encore une heure, depuis le minuscule village de Rumbac je pouvais voir son sommet. À présent, la vallée désertique a fait place au grand blanc. Éblouie, je chausse mes lunettes, lève les yeux au ciel et tente d’en apercevoir le bout. En vain. Un coup d’œil vers Loup dont les yeux émerveillés semblent dire « 1000m de dénivelé », je me retourne pour attraper le regard de Rohit.

Rohit a grandi à Bombay et a lâché son métier d’ingénieur informatique pour devenir guide de montagne et méditer. Il a beaucoup voyagé, est tombé amoureux de la Bretagne. Quand un Indien me parle avec amour de Landerneau, forcément il gagne des points… Il passe pour la première fois l’hiver au Ladakh et a décidé d’en profiter pour apprendre le français à l’Alliance. C’est devenu un pote.

 

Rohit, Zingchen to Stok, jan 2015

« Now we’re talking », voilà ce que je lui dis en me retournant, son air sage acquiesce calmement, j’ai toujours du mal à lire ses expressions. Jusqu’ici, c’était de la rigolade. Maintenant commence le vrai challenge. Nous avons décidé de faire ces 25 km de trek en une journée alors que les touristes le font en deux. Il est déjà 13 h, nous n’avons pas tout notre temps pour grimper le col, redescendre la vallée pendant 3 h pour enfin retrouver la route; arriver au village de Stok avant que la nuit tombe.

Read more

Je suis Charlie

AFP PHOTO FRED DUFOUR

AFP PHOTO FRED DUFOUR

What the FLE ?

Bonne année à tous! Curiosité, générosité, audace: voilà tout ce que je vous souhaite! Je commence l’année 2015 en vous parlant boulot (et passion). Voici un  petit article qui m’a été demandé par une étudiante en DAEFLE  (le diplôme de Francais Langue Etrangère propre à l’Alliance Française) à la recherche de témoignages de professeurs de FLE à l’étranger à faire paraître sur son site collaboratif, à destination des futurs professeurs.  Celui ci retrace brièvement mon expérience depuis mon arrivée en insistant sur les spécificités des conditions d’enseignement-apprentissage  au Ladakh.

Mon expérience de professeur de FLE sur le toit du Monde

Devenir professeur de FLE à la toute jeune Alliance Française de Leh s’est révélé être une véritable aventure, une chance unique d’apprendre mon métier tout en découvrant le Ladakh, un des derniers refuges de la culture tibétaine en terre libre. Je suis arrivée l’année dernière en tant que stagiaire dans cette petite Alliance perchée à 3500m d’altitude dans l’Himalaya Indien aux confins du Tibet et du Pakistan.

Read more

© 2016 Le Yak à Dire. All rights reserved.

Theme by Anders Norén.